Mairie de Saint-Martin-le-Beau
Les maisons de vignes, «loges», ou «lubites» en patois tourangeau, construites au milieu du vignoble au cours du 19e siècle, servaient d’abri au vigneron qui y trouvait "chaleur en hiver et fraîcheur en été". Les ouvriers pour se rendre dans leurs vignes devaient parcourir à pied les quelques kilomètres qui les séparaient du village et ne prenaient pas le temps de rentrer déjeuner dans leurs foyers.
Voici le texte d'André Berger célébrant les loges :
Loges de vigne
Dès l'aube, le paysan-vigneron, l'homme des sapins quittait sa montagne. Il parcourait le long chemin conduisant aux premiers balcons surplombant la plaine, tout en martelant de ses éclots (1) le sol pierreux retrouvant sa loge de vigne entourée de ses vieux ceps noueux.
Loges de vigne campées comme des sentinelles, compagnes des plantations, ces vignes, filles des hommes à qui Dieu a donné, avec l'aide du travailleur, vigueur et générosité.
Loges de vigne, sécurisantes lors des orages, des tempêtes et des grandes froidures,
le vigneron savait éclairer un feu de sarments, profitant d'une saine chaleur pendant la tourmente.
Loges de vigne, lieu de rencontre des jeunes bergères sages et pures comme leur troupeau de blancs moutons défendant leurs avantages en proie à l'attaque des jeunes amoureux entreprenants.
Loges de vigne, havre du travailleur y trouvant chaleur en hiver et fraîcheur en été, table pour y prendre un repas bien mérité suivi d'un somme réparateur.
Loges de vigne, refuge des amants, n'avez-vous pas connu quelques amours coupables, mais vous avez su garder les secrets ; et derrière vos murs épais, Dieu seul le sait.
Loges de vigne, où pêle-mêle étaient entreposés tous les outils de labeur, de l'indispensable sécateur en passant par l'escofine (2), la sulfateuse et sans oublier la bêche et la triandine (3) .
Pauvres loges de vigne, cinquante ans se sont écoulés.Entourées de buissons, vous êtes bien décaties.Tuiles et portes brisées, vous nous inspirez la pitié.Le bon vieux temps des loges tomberait-il dans l'oubli.
André Berger, extrait de "L'homme qui aimait les arbres"
(1) sabots
(2) scie égoïne
(3) pioche à trois dents